À Dax, lors de la Journée mondiale de la fibromyalgie 2019, le Dr Patrick Giniès (CHU de Montpellier) a livré une conférence marquante sur la fibromyalgie. Son approche, profondément humaine, s’éloigne du pur modèle médical pour explorer les racines émotionnelles et psychologiques de la douleur.
Au cœur de son propos : l’injustice.
«La fibromyalgie est la maladie de l’injustice. Pas celle que l’on revendique, mais celle que l’on a vécue, intégrée et refoulée.»
L’injustice, blessure d’enfance silencieuse
Pour le Dr Giniès, beaucoup de patients fibromyalgiques partagent une histoire d’injustice vécue dans l’enfance, souvent entre 7 et 14 ans.
Un moment où l’enfant perçoit un déséquilibre d’amour, d’attention ou de reconnaissance au sein de sa famille : un parent qui préfère un frère, une sœur plus aimée, ou simplement un manque de regard bienveillant.
Cette expérience précoce crée une blessure affective silencieuse, qui façonne la personnalité : l’enfant apprend à compenser ce vide par le don de soi, l’altruisme, la performance.
Devenu adulte, il devient “trop fort”, “trop présent”, “trop utile”, jusqu’à l’épuisement.
«Vous avez serré les dents pendant 20 ou 30 ans. Cette injustice, vous l’avez acceptée, refoulée et oubliée… mais le corps, lui, s’en souvient»
Le vaccin et le rappel de l’injustice
Cette métaphore revient souvent dans la conférence du Dr Giniès :
la première injustice de l’enfance agit comme un vaccin émotionnel, et un événement injuste survenant à l’âge adulte joue le rôle de rappel.
Une rupture, un licenciement, un conflit professionnel ou familial ravive le schéma enfoui.
Cette réactivation émotionnelle bouleverse alors le système nerveux central, qui se met à surréagir à la douleur et aux stimulations.
Le corps “parle” ce que le psychisme ne peut plus gérer.
«Le vaccin, c’est l’injustice de l’enfance. Le rappel, c’est celle de l’adulte. Et entre les deux, des années de suractivité pour prouver sa valeur.»
Quand la douleur devient un langage
Cette lecture n’est pas une simple théorie psychologique.
Le Dr Giniès la relie à la neurophysiologie de la douleur : le système de contrôle inhibiteur du cerveau, censé freiner les signaux douloureux, se dérègle chez ces patients hypersensibles.
Le résultat : une amplification de la douleur sans lésion apparente, une “alarme interne” devenue trop sensible.
La douleur fibromyalgique devient alors le langage du corps blessé, celui d’une injustice ancienne jamais reconnue.
Ce n’est ni imaginaire, ni volontaire : c’est une mémoire émotionnelle incarnée.
«Nommer la douleur, c’est commencer à la soulager. Reconnaître l’injustice, c’est rouvrir la porte de la guérison.»
Réparer par la compréhension et la bienveillance
Le Dr Giniès invite à une médecine de la reconnaissance : écouter, nommer, comprendre, sans juger.
Il ne s’agit pas de chercher un responsable, mais de redonner sens à la souffrance.
Cette approche holistique associe :
- la rééducation du corps (mouvement doux, balnéothérapie, kinésithérapie adaptée),
- l’éducation thérapeutique (comprendre les mécanismes de la douleur),
- la reprogrammation émotionnelle (travailler sur la culpabilité, le pardon et la bienveillance envers soi-même).
«La fibromyalgie, c’est l’histoire d’une injustice que l’on transforme peu à peu en sagesse.»
Vers une médecine plus humaine
Pour le Dr Giniès, la fibromyalgie révèle aussi les limites de la médecine moderne, trop centrée sur le visible et les résultats. C’est « invendable » dit-il, car pour elle c’est un mécanisme = un traitement.
Il plaide pour un retour à la médecine hippocratique, celle qui considère l’être humain dans sa globalité : le corps, le cœur et l’âme.
Il rappelle aussi que la souffrance des médecins existe – celle d’être impuissants face à une maladie qu’ils ne peuvent guérir – et qu’un dialogue empathique entre soignants et patients est essentiel.
Une conférence marquante sur la “maladie de l’injustice”
Elle met des mots sur ce que vivent de nombreuses personnes : un mélange de douleur physique, d’épuisement émotionnel et d’injustice profonde.
Mais elle ouvre aussi une voie : celle de la compréhension, du soin et du pardon.
«On ne guérit pas de la fibromyalgie sans guérir du sentiment d’injustice.»
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