Le Dr Grégoire Cozon, immunologiste et biologiste médical, explique comment établir le diagnostic de cette douleur invisible. Il explique aussi pourquoi il faut écouter, croire et accompagner les patients au-delà des examens biologiques classiques.
Le diagnostic avant tout : écouter le patient
Cela commence par l’écoute attentive du patient, de ses symptômes et de son vécu : douleurs diffuses, fatigue, troubles digestifs, troubles du sommeil…
Ces éléments, regroupés, forment un syndrome. Et c’est là toute la difficulté : la fibromyalgie est une maladie hétérogène. Même si des marqueurs biologiques encourageants ont pu être mis en avant dans certaines études, ils ne sont pas applicables à tous les malades.
« Je ne mesure rien, je ne vois rien, mais le patient, lui, souffre réellement. »
La fibromyalgie est donc un syndrome clinique, sans signe visible clair sur les analyses.
Pour le Dr Cozon, cela exige une part d’acceptation de la part du soignant. Il faut reconnaître la réalité de la douleur même lorsqu’elle n’est pas objectivable.
Une maladie « somatopsychique » plutôt que psychosomatique
Le Dr Cozon propose de changer de regard.
On parle souvent de maladie “psychosomatique”, comme si elle venait de la tête.
Or, selon lui, il s’agit plutôt d’une maladie somatopsychique :
« C’est le corps qui agit sur l’esprit. »
Il explique que le système immunitaire pourrait être en cause.
Chez les patients fibromyalgiques, certaines cellules immunitaires resteraient en activation permanente. Elles produisent des cytokines qui transmettent des signaux d’inflammation au cerveau.
Résultat : une sensation de syndrome grippal permanent – fatigue, courbatures, brouillard cérébral – sans fièvre ni infection réelle.
Trois systèmes en interaction : immunitaire, digestif et nerveux
Le Dr Cozon décrit un cercle vicieux où trois grands systèmes s’auto-entretiennent :
- Le système digestif, avec une dysbiose (déséquilibre du microbiote intestinal).
- Le système immunitaire, stimulé en continu par certaines bactéries ou levures (comme Candida albicans).
- Le système nerveux central, qui reçoit des signaux inflammatoires constants et amplifie la douleur.
Cette interaction expliquerait la fatigue chronique, les troubles cognitifs et les douleurs diffuses ressenties par les patients.
Alimentation, hygiène de vie et gestion du stress : des leviers essentiels
Le Dr Cozon conseille une alimentation saine et équilibrée, de type méditerranéenne, riche en légumes et pauvre en sucres raffinés.
Il préconise aussi d’éviter les excès d’aliments industriels ou riches en levures, et mentionne l’usage d’extraits de pépins de pamplemousse pour rééquilibrer la flore intestinale.
Mais l’alimentation ne suffit pas.
Il insiste sur l’importance de :
- Maintenir une activité physique régulière, adaptée à la fatigue ;
- Travailler sur la gestion du stress et des émotions, car l’anxiété chronique aggrave la douleur.
Le médecin évoque même certaines méthodes de désamorçage des peurs inconscientes. Cela permet de diminuer la réactivité au stress et de mieux stabiliser le système digestif.
Croire le patient, accompagner sans juger
Au-delà des théories, le Dr Cozon défend une approche profondément humaine :
« Je ne souhaiterais pas à mon pire ennemi d’avoir une fibromyalgie. »
Il rappelle que ces patients sont souvent des personnes actives, courageuses, perfectionnistes, qui vont “jusqu’au bout de leurs forces”.
Les écouter, c’est déjà une forme de soin.
Les comprendre, c’est reconnaître la réalité d’une maladie complexe où le corps, le système immunitaire et les émotions interagissent étroitement.
Sur la fatigue et la compréhension du corps
Le Dr Grégoire Cozon rappelle que la fatigue est avant tout un signal d’alarme du corps : un message de protection pour éviter la rupture ou l’effondrement.
Chez les personnes atteintes de fibromyalgie, ce signal reste malheureusement allumé en permanence, même au repos. « Il n’existe pas de fatigomètre », souligne-t-il : personne ne peut mesurer objectivement ce que le patient ressent, et c’est bien ce qui rend la maladie si difficile à faire reconnaître.
Pour mieux vivre avec la fibromyalgie, le médecin invite à « apprendre à connaître ses limites physiques et intellectuelles ». En effet, vouloir aller au-delà de ses capacités, c’est souvent aggraver la douleur et retarder la récupération.
Qui est le Dr Jean-Jacques Cozon ?
Le Dr Jean-Jacques Cozon est biologiste médical, immunologiste et ancien praticien hospitalier au CHU de Lyon.
Spécialisé dans les interactions entre système immunitaire, microbiote et maladies chroniques, il s’intéresse depuis plusieurs années à la fibromyalgie. Il s’intéresse également au syndrome de fatigue chronique SFC et à leurs mécanismes physiopathologiques.
Ses travaux et conférences visent à rapprocher la recherche biologique du vécu des patients. Cela souligne la nécessité d’une approche globale et « intégrative » de la santé.
Conférence du Dr. Cozon 2024
À l’occasion de la Journée mondiale 2024 de la fibromyalgie le Dr Cozon a donné une conférence pour l’association FibromyalgieSOS intitulée « Fibromyalgie et hyperréactivité microbienne, hypothèse immunologique et conséquences thérapeutiques ».
Cette conférence a été suivie d’une séance de questions-réponses très enrichissante.
Replays des réunions adhérents






