Comment diagnostiquer une fibromyalgie quand aucun examen ne la prouve ? Le Dr Didier Bouhassira, neurologue, rappelle une réalité souvent méconnue : “Il n’existe ni prise de sang ni radio qui permettent de confirmer cette maladie.”
Didier Bouhassira, fibromyalgie et diagnostic
Vidéo publiée en 2020
Un diagnostic sans test, mais pas sans rigueur
Le diagnostic repose sur l’observation clinique et l’écoute du patient.
C’est le médecin qui, en repérant la présence d’un ensemble de symptômes caractéristiques va poser le diagnostic, après avoir éliminé toute autre cause possible.
On parle alors de diagnostic d’exclusion, mais aussi de diagnostic de confiance.
Car tout repose sur un dialogue : le patient raconte ce qu’il ressent, et le médecin interprète avec discernement.
C’est une démarche lente, exigeante, où l’expérience du praticien et la crédibilité du patient deviennent les seuls outils de certitude.
Une hypersensibilité, pas une invention
Ce que la science sait désormais, c’est que la fibromyalgie n’est ni une inflammation ni une atteinte musculaire, mais un dérèglement du système de la douleur.
Le système nerveux, censé protéger le corps, se dérègle et envoie des signaux d’alarme en continu.
Un simple contact, une pression musculaire ou un mouvement banal peuvent devenir douloureux.
C’est ce qui rend la fibromyalgie si complexe à diagnostiquer : les examens classiques sont normaux, mais la douleur est bien réelle.
Elle ne vient pas de l’extérieur du corps, mais de l’interprétation interne du signal.
Chez l’enfant : prudence et attention
Le Dr Bouhassira aborde un sujet encore tabou : la fibromyalgie chez l’enfant.
Il explique que, pour l’instant, on ne peut pas parler officiellement de “fibromyalgie infantile”.
Les douleurs diffuses chez l’enfant existent – elles sont parfois intenses et déstabilisantes -mais les critères diagnostiques utilisés chez l’adulte n’ont jamais été validés scientifiquement chez les plus jeunes.
“Des enfants peuvent se plaindre de douleurs diffuses, mais on n’est pas dans le même cadre que la fibromyalgie de l’adulte”, précise-t-il.
Les experts de l’Inserm et les recommandations internationales sont clairs : tant que la recherche n’aura pas établi de critères adaptés à l’enfant, il faut parler plutôt de douleurs chroniques ou diffuses de l’enfant.
Cette prudence évite deux écueils :
- Étiqueter trop tôt un enfant avec un diagnostic incertain,
- Nier sa douleur sous prétexte qu’elle n’entre dans aucune case médicale.
Le défi est d’équilibrer ces deux extrêmes : entendre sans enfermer, reconnaître sans figer.
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