Ce que dit le Dr. Maindet, médecin de la douleur au CHU de Grenoble, sur l’impacte de l’activité physique sur la fibromyalgie.
Quand dire “il faut bouger” devient presque violent
Le Dr Maindet, médecin de la douleur au CHU de Grenoble, ancien médecin du sport, le reconnaît sans détour : prescrire de l’activité physique à une personne fibromyalgique, ça ne se fait pas à la légère.
« Quand un patient me dit : ‘Docteur, je souffre déjà rien qu’en faisant mes courses’, je ne peux pas lui répondre froidement : ‘Allez marcher trente minutes’. Ce serait du mépris. »
Pour elle tout le défi est là : comment convaincre quelqu’un qui souffre au repos que bouger peut l’aider… sans le culpabiliser ?
“Je ne leur dis pas de faire du sport. Je leur propose de reprendre contact avec leur corps”
Le Dr Maindet n’utilise pas le mot sport. elle préfère parler de mouvements doux, de gestes minuscules, parfois même… de respirer en bougeant un bras.
« Quand une personne est figée par la douleur, la première étape, ce n’est pas de lui faire faire des pompes. C’est de lui montrer qu’elle peut encore faire un geste, même minuscule, sans catastrophe. Ça recrée de la confiance. »
Approche est progressive et individualisée
Quand la fatigue est trop grande : commencer… sans se lever
Pour les patients en épuisement profond, le Dr Maindet ne propose pas de marcher ni même de s’étirer debout. Elle commence par des mouvements en position assise, parfois simplement ouvrir et fermer les mains en synchronisant la respiration. L’objectif ? Décoincer le corps sans déclencher une crise. C’est une première victoire : «Je peux bouger… sans aggraver la douleur.»
Quand le corps peut encore bouger : utiliser l’eau ou les étirements doux
Pour ceux qui ont encore un peu de mobilité, mais une douleur diffuse constante, le médecin conseille des étirements légers, jamais brusques, ou la balnéothérapie. L’eau chaude permet de délester le poids du corps et d’adoucir les tensions musculaires. Ce n’est pas un effort, c’est une mise en mouvement protégée, presque enveloppante.
Quand la motivation est là mais pas la méthode : guider sans laisser improviser
Certaines personnes ont envie de s’y remettre, mais ne savent pas comment faire sans se faire mal. Pour elles, le Dr Maindet oriente vers un encadrement adapté, comme les programmes d’APA (activité physique adaptée) ou les kinésithérapeutes formés à la douleur chronique. L’idée n’est pas de “faire plus”, mais de faire juste, accompagnée.
Le déclic : comprendre que “bouger ne casse pas, il répare”
Selon le Dr Maindet, la majorité des patients fibromyalgiques ont peur d’aggraver leurs douleurs en se remettant en mouvement. Elle explique que cette peur est rationnelle, car dans leur vécu, chaque effort a souvent été suivi d’une crise.
« Je leur dis : on va tester ensemble, sans brûler les étapes. Quitte à avoir mal, autant que ce soit une douleur utile, pas une douleur subie. »
Petit à petit, les patients découvrent que certains mouvements peuvent soulager, surtout quand ils sont associés à la respiration ou la chaleur (balnéo, étirements, marche en eau).
Son message final : pas de recette miracle, mais une stratégie patiente
Le Dr Maindet refuse les slogans faciles du type “il suffit de bouger”. Pour elle, la clé n’est pas dans l’intensité mais dans la régularité.
« Ce n’est pas le nombre de pas qui compte. C’est le fait de se remettre en lien avec son corps, chaque jour, même cinq minutes. »
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